POLITIQO
Magazine d'informations sur l'actualité économique . Suivez les chroniques , Analyses et Critiques de François-Xavier Noumon.

Gestion de la dette publique : Victoire d’étape Pour Patrice Talon

0 155

 

Le gouvernement du Bénin en déclinant le moratoire sur la dette proposé par le G20 a pris une position bien singulière qui ne lui a valu pas que des félicitations. Seulement le « marché » semblerait avoir donné quitus à cette option à contre-courant de la doxa en vogue.En témoigne la notation < B+/B> avec perspective stable du crédit souverain du Bénin à long et court terme par l’Agence Américaine S&P. Une notation datant du 16 juin 2020.

La résilience de l’économie béninoise en ces temps de récession dus à la pandémie du coronavirus ne pouvait être mieux saluée. Et en tenant coûte que coûte à tenir ses engagements autant vis-à-vis de ses créanciers publics que privés et malgré une conjoncture économique difficile, le Bénin a visiblement rassuré les investisseurs.

Que Défend le Bénin ?
Par la voix de son Ministre de L’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, le Bénin a jugé l’idée d’un moratoire sur le service de la dette ou même un allègement pure et simple de la dette comme étant contre-productif ([Tribune] Covid-19 : pourquoi l’allègement de la dette africaine n’est pas la solution). Et si elle soulagerait assurément les comptes publics de nombre de pays parmi les plus pauvres de la planète, cette solution ne reporterait au mieux que l’ardoise à payer. Pire, cette largesse aurait également pour conséquence d’émousser durablement la disposition des créanciers privés à s’engager dans de nouvelles opérations de crédit à l’avenir vis-à-vis de ces pays.
Une perspective funeste pour les besoins colossaux en terme d’investissements de tous genres pour des pays parmi les moins avancés de la planète à l’instar du Bénin. Surtout quand il faut considérer la lancinante question de la perception du risque en Afrique, perception que Patrice Talon avait déjà jugé biaisée Soutenabilité de la dette en Afrique : Talon recentre le débat sur la perception du risque pays en comparaison à d’autres régions du monde et dont la conséquence immédiate est un surenchérissement pénalisant du coût de la dette.
Dès lors, la position du Bénin quant à l’option idoine à privilégier pour gérer au mieux la question de la dette en cette période de crise est plus que cohérente. Tenir ses engagements ! Rien de plus.

Une bataille politique en toile de fond….
En son temps et à la suite de la tribune du 23 Avril 2020 du ministre béninois de l’Economie et des Finances ; la sortie de la plus remarquée a été celle du Sénégal qui par la plume de son Ministre des Finances et du Budget Abdoulaye Daouda Diallo ; tribune parue le 28 Avril 2020 dans le même journal [Tribune] Annuler la dette des pays africains est vertueux et bien fondé ; une sortie qui a semblé retoquer la position béninoise et qui appelait à une nouvelle initiative type PPTE ( du nom de l’initiative d’allègement de dette lancée en 1996 par le FMI et la Banque Mondiale en faveur des Pays Pauvres Très Endettés).
Dans cette passe d’armes où la voix de la Côte d’ivoire, véritable poids lourd de l’espace UEMOA semblait bien atone ; le Bénin vient peut-être de marquer un point surtout quand on considère que dans le même temps, les notes souveraines du Sénégal et de la Côte D’ivoire sont mises < sous surveillance> par l’autre agence Américaine Moody’s avec risque de dégradation.
Ce n’est donc pas uniquement sa signature qui se trouve confortée par cette notation, mais le Bénin de Patrice Talon rajoute un peu plus de crédit à son leadership maintes fois remarqué et salué.

A Quoi Faut-il s’attendre à présent ?
Si Standard and Poor’s félicite le Bénin pour ses ambitieuses réformes en faveur de l’amélioration du climat des affaires, le pays devant renouer en 2021 avec une solide croissance (autour des 6%) toujours d’après les analystes de l’agence Américaine ; la menace la plus immédiate pour cette bonne tenue générale des finances publiques pourrait être les prochaines élections présidentielles. En effet, il pourrait être tentant pour Patrice Talon dans l’optique d’une réélection de s’autoriser quelques largesses budgétaires à même de flatter un électorat en mal de cadeaux dits sociaux.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.